Bouuuhouuuuuhouu je suis un train fantôôôôôme !

Ou quand un simple tweet déclenche une cascade d’événements. Heureusement, j’avais du temps à perdre !

C’est un secret de polichinelle, mais certains ignorent peut-être que je vis dans la charmante et rieuse ancienne ville nouvelle de Cergy-Pontoise, née en pleine campagne à la toute fin des années 60, et qui s’est progressivement construite dans les décennies suivantes. En plein centre de cette charmante et rieuse ancienne ville nouvelle se trouve la non moins charmante et rieuse (promis, après j’arrête) île de loisirs de Cergy-Pontoise, paradis des amateurs de merguez et de baignades dans des eaux à la qualité douteuse. Comme je suis vieux (et accessoirement charmant et rieur) et que depuis ma plus tendre enfance je l’ai toujours appelée ainsi, je parlerai d’elle sous le nom d' »étangs de Cergy ». Il se trouve qu’il y a quelques jours, alors que la canicule faisait rage (et fait toujours rage quand j’écris ces lignes), la direction des étangs a fait la une des journaux du monde entier en annonçant sur BFMTV l’utilisation d’un drone pour détecter et massacrer les délinquants nageant hors de la zone de baignade prévue à cette effet (« la plage »), sous le fallacieux prétexte du danger encouru.

La vérité est que les étangs, anciennes gravières/sablières exploitées après la seconde guerre mondiale pour reconstruire la France, n’ont pas été totalement aménagés pour la baignade et que la plupart ont pour caractéristique que la profondeur et la température de l’eau chutent brutalement à quelques mètres du bord. Résultat, chaque année, on déplore plusieurs noyades malgré la présence tous les 10m de panneaux d’interdiction rappelant ledit danger. Celui-ci étant réel et établi, on pourrait longuement deviser sur le prix d’entrée à la zone balnéaire (« la plage ») qui s’il n’est pas exorbitant est tout de même un petit budget pour une famille modeste, et c’est sur ce point particulier que j’ai repris un twitto (on dit un Xo maintenant ?) criant au scandale à propos du drone anti-pauvres qui se baignent où ils peuvent. C’est pas le drone – destiné à protéger des vies innocentes et surtout inconscientes – qui me choque, mais bien le prix de l’accès à cette fameuse plage. Mais passons. V’la t’y pas qu’un de mes respectables amis, M. Didier Kala, webmestre du fabuleux site BravePatrie hélas disparu, délinquant lui aussi dans les années 80 (et je crois qu’il l’est toujours un peu), me raconte qu’il allait lui aussi braver l’interdit en allant se baigner à l’époque aux étangs. Afin de ne pas lui raconter de bêtises telle une quelconque IA et pouvoir lui répondre de manière précise et intelligente comme à mon habitude, j’ai entrepris quelques recherches sur lesdits étangs, en allant farfouiller dans les merveilles archives départementales du Val d’Oise, et en particulier le fonds Bernard Hirsch (père de la ville nouvelle et de Martin, pas forcément deux réussites mais au moins la première s’en tire pas trop mal comparée au second).

Bref, j’ai ainsi retrouvé plaquettes informatives et autres documents d’époque, et pu répondre à l’ami Kala de manière précise et intelligente, car il n’était pas question que je déroge à mon habituelle habitude. Au passage, j’ai retrouvé une photo de l’araignée métallique rouge (aujourd’hui disparue) près de laquelle je me suis cassé le bras, souvenir douloureux encore aujourd’hui (à l’aube du crépuscule de ma vie) de ma folle jeunesse (qui était l’aube du midi de ma vie pour le coup, ou la matinée si vous préférez).

Et le rapport avec le train dans tout ça ?

J’y viens, pas de panique. C’est dans le fonds Bernard Hirsch que je découvris une photo représentant une tour en pierre (aucune idée si j’ai le droit ou non de mettre cette capture d’écran donc si ça disparaît, tant pis), avec la mention manuscrite suivante : « Tour à gauche de la voie de l’ancien train reprise par Spi (sic!) Batignolles et retapée avec un toit ! ».

En vrai c’est Spie-Batignolles mais bon, le fait que ce soit à gauche de la voie c’est gentil mais ça dépend de la direction dans laquelle on regarde, niveau précision on a vu mieux.

Diable, mais quelle est cette tour dont je n’avais jamais entendu parler jusqu’à présent ? L’ancien train, oui ça j’en ai entendu parler, mais où se trouve-elle ? Poussé par la curiosité, je continue mes recherches et de fil en aiguille tombe sur ce « 2417 W 417(5) – Cergy-Pontoise. – Plan du périmètre d’urbanisation de la ville nouvelle. Juin 1972 » sur lequel je ne manque pas de voir ceci :

« Min. R. » « Moulin ruiné »… Bon sang, mais le quartier actuel du Moulin à Vent s’appellerait-il ainsi parce qu’il y avait un moulin à vent pas loin ? (Spoiler : oui). Mes yeux balayent une dernière fois le plan et découvrent la mention « Anc. Gare de Puiseux »… Quoi ?! Une gare à Puiseux ?! Mais, l’ancien train ne passait pas par là, ce n’est pas possible, c’est quoi encore ce truc ?

« Bon, chaque chose en son temps, voyons-voir si j’arrive à trouver ce fichu moulin sur Google Maps » me dis-je. Aussitôt dit, aussitôt fait, et je retrouve ledit moulin en plein Parc Saint-Christophe, zone hélas privée et donc impossible d’accès (en plus c’est fermé, la municipalité voudrait en faire un truc, mais bon bref, c’est pas demain la veille que je pourrais aller voir ce moulin surtout que j’ai passé l’âge de faire de l’urbex et pas envie de finir dans les infâmes geôles de la République). Un coup de Street View et il apparaît devant mes yeux éberlués :

Voilà une bonne chose de faite, passons à cette histoire d’ancienne gare de Puiseux… Comme la ville a bien changé depuis 1972, difficile de situer cette gare alors qu’aujourd’hui la rue suivant la vallée Maurois qui redescend vers Vauréal ne mène plus du tout à Puiseux comme sur le plan… Hmm…J’ai beau chercher sur Maps, impossible de situer cette fichue gare… j’ai bien une vague idée mais pas de preuve.

Une étincelle de génie

N’étant pas du genre à me laisser abattre telle une vulgaire galinette cendrée, j’ordonne à deux de mes neurones de réfléchir un peu et c’est alors que naît une étincelle de génie (bon je vais pas vous faire un cours sur la transmission synaptique, j’ai pas le temps, vous non plus, on va parler d’étincelle mais c’est métaphorique hein) : « et si je superposais ce plan aux photos satellites ? J’ai des repères qui n’ont pas bougé de place en 50 ans, notamment le moulin… ».

C’est bien d’avoir des étincelles de génie, le problème c’est comment ensuite appliquer l’idée… Mes deux neurones sus-cités, électro-chimiquement excités par leur découverte, trouvent rapidement la réponse à cette question : Google Earth Pro, pardi ! Et me voici lancé dans une des plus grandes aventures de ma vie (c’est dire si elle est passionnante)…

Je trouve rapidement la fonction « Ajouter / Superposition d’image » de Google Earth, ajoute mon plan de 1972, passe un certain temps à le mettre à la bonne position et la bonne échelle (à peu près, parce que c’est quasiment impossible de tomber pile poil) et je découvre avec stupeur ce qu’il est advenu de l’ancienne gare de Puiseux (qui en réalité était à 1,3km de Puiseux, et il n’y avait pas de bus à l’époque):

Ça ressemble plus à un terrain de basket qu’à une gare si vous voulez mon avis…

Voici donc un mystère résolu. Très bien, mais ça n’explique pas la présence d’une ancienne gare de Puiseux à cet endroit, sachant que l’ancien train dont j’avais connaissance avait la particularité de relier Pontoise à Poissy, et que ce qu’il subsiste de son tracé ne passe absolument pas par là mais bien plus près de l’Oise (la rivière, pas le département) ? Dans quel engrenage mystérieux ai-je encore mis les dix doigts de la main ? Vous le saurez en lisant le prochain épisode de notre passionnant feuilleton, « A la recherche du train perdu » !